« Nous sommes début Avril, ce moment à Montréal où sortir ton vélo du garage est à double tranchant – peut-être pourra-tu l’utiliser, peut-être finira-t-il enseveli sous une tempête de neige tardive. La nuit est tombée sur le marché Jean Talon. Ne restent que les commerçants qui ferment leurs stands, et ceux qui nettoient les allées.

C’est l’heure d’aller chercher ce qui serait injustement jeté : des fruits, des légumes, des herbes, des fleurs. Dans les grands containers foncés s’entassent des kilos d’aliments qui ne sont plus assez beaux pour être vendus. Mais encore bons à la consommation.

 

Dumpster Diver dans les poubelles
Le groupe de déchétariens se lance dans la recherche de produits jetés encore consommables. Crédit Photo : Camille Balzinger.

Les hommes de ménages sont sympas, ils nous laissent sortir les poubelles et y plonger sans rien nous dire. Tout n’est évidemment pas bon à prendre, et il faut en laisser pour les autres.

 

 

des boites de fruits et légumes
Tri d’une collection de fruits et légumes trouvés au marché Jean Talon. Crédit photo : Camille Balzinger

Mais après moins d’une heure à trier, lampe torche à la main, ce sont non pas deux ni trois sacs pleins, mais bien quatre d’aliments parfaitement comestibles que nous avons collecté. Trop même pour être capable de tout ramener, sur nos vélos.

 

échange de fruits avec deux mains photographiées
Discussion entre deux déchétariennes concernant les fruits et légumes encore commestibles. Crédit Photo : Camille Balzinger.

Il est plus prudent de faire cuire, de cuisiner ces fruits et ces légumes, que de les manger crus. Trois quarts d’heures pour trouver de quoi cuisiner, quelques heures derrière les fourneaux, et un repas pour une dizaine de personnes, qui n’aura coûté que quelque dollars – pour l’huile, les épices, de la farine et de la sauce tomate.

 

une femme cuisine
Une journée pour cuisiner l’ensemble des aliments collectés la veille dans les poubelles du marché. Crédit Photo : Camille Balzinger.

Des aliments moches mais bons, qui sans ça auraient fini avec nos ordures ménagères ou empilés sur nos composts. Lorsqu’on pense à la provenance de certains mets, ou au coût énergétique de production de ces fruits et légumes dans une région telle que le Québec, n’est-il pas dommage de les laisser dans les poubelles sans chercher à les sauver? Peut-être est-il temps de ne plus gâcher.

 

de la nourriture
Falafels de brocolis et sauce tomate toute prête pour faire une pizza. Voici quelques uns des mets qui sont ressortis des aliments qui allaient finir à la poubelle. S’il fallait quelques ingrédients supplémentaires pour préparer le repas, celui-ci a tout de même nourrit 10 personnes pour moins de 2 dollars chacune. Crédit Photo : Camille Balzinger.

Cet article a été rédigé par Camille Balzinger. Elle est également la photographe qui a pris l’ensemble de ces clichés. Retrouvez l’intégralité de son travail sur : https://camillebalzinger.com/